[PRÉCIEUX(SES)] Interview

Les mots de Stephan Pastor, metteur en scène-interprète de Précieux(ses), Le grand bureau des merveilles.

 

Quelles ont été les sources d’inspiration du projet ?

Une envie indécente de ludique, de rire d’être libre, de fierté d’avoir du goût, de plonger dans une subjectivité totale. La farce des Précieuses Ridicules actuelle et cinglante. Un besoin brûlant de rencontrer le public avec une forme théâtrale pure, directe, engagée, dans une frénésie du jeu !

Comment la question de l’adolescence a-t-elle traversé cette création ?

En questionnant les grands thèmes des «Précieuses Ridicules», des ponts se créent entre les préoccupations sociétales du 17ème siècle et notre temps. Même si Molière tourne au ridicule les obsessions des précieux, il ne met pas moins la lumière sur les travers d’une société au bord de l’asphyxie, et n’hésite pas à soulever des sujets dérangeants pour l’époque : la quête de reconnaissance, la condition des femmes, la fracture sociale, le mépris de la noblesse envers les petites gens, le parisianisme. 300 ans après, certains vieux fantasmes perdurent. Les jeunes générations ne sont pas dupes de l’état du monde et participent à cette réflexion. Les personnages principaux de la farce de Molière sont deux adolescentes, presque femmes, passionnées et engagées, défendant des valeurs modernes pour l’époque. Pourtant elles sont dupées par un monde qui les méprise et auquel elles voudraient appartenir. Aujourd’hui la question de la reconnaissance sociale est brûlante. La jeunesse cherche ses marques dans ce que l’on donne à voir, à croire et à désirer, essentiellement dans les médias.

Qu’aimeriez-vous transmettre aux adolescents à travers ce spectacle ?

Tout d’abord le goût d’un pur moment de théâtre avec la langue de Molière toujours actuelle.
Mais aussi, comme une étude de mœurs, une réflexion sur les mirages du monde médiatique. Dans l’action culturelle accompagnant le spectacle nous proposons aux élèves de choisir un des thèmes de la pièce et d’écrire des saynètes les mettant eux-mêmes au cœur du sujet, ou d’inventer une première page de magazine dans lequel ils apparaissent comme le héros du jour. Par ces propositions ludiques, ils livrent leurs questionnements et leur vision d’un avenir.

 

Pourquoi Molière (encore!) ?

Molière stimule une joie intemporelle, une fièvre de vivre, une rage de dire, qui donne envie de sauter, vociférer, libérer la bile avec une tendresse infinie. Nous aimons nous rappeler que déjà à son époque, il parlait de fracture sociale, de conflits idéologiques, d’une soif de liberté. N’est-ce pas aujourd’hui des questions qui continuent de tarauder nos esprits alors qu’un accroissement mondial de la peur de l’autre est à l’œuvre ? Molière aussi parce que c’est un dramaturge qui écrit fondamentalement pour les acteurs, et que sa langue parle directement aux cœur des spectateurs.

 

Ce titre en écriture inclusive nous intrigue… Pouvez-vous nous expliquer ?

Nous avons transposé la farce de Molière dans le contexte d’une télé-réalité à grand audimat qui propose à des jeunes gens de se rencontrer dans l’espoir de conclure un beau mariage. Le titre présage du tempérament des participants et du nom donné à l’émission télévisée. Mais c’est aussi l’histoire d’une actrice et d’un acteur se saisissant des 8 personnages des Précieuses Ridicules dans une grande liberté de changement de sexe, et qui emmènent les spectateurs au Grand Bureau des Merveilles. Et le Grand Bureau des Merveilles, c’est nous ! Pour la petite histoire, c’est avant tout la formule précieuse pour nommer Paris !

 

Cie Pirenopolis

26.11.2018
 

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