[LE MONDE A L’ENVERS] Les mots de Kaori Ito

Convaincue de la nécessité de faire entendre la parole des enfants et leur créativité innée, Kaori Ito fait ses premiers pas dans le jeune public avec Le monde à l’envers. Nous lui avons posé quelques questions :

 

Quel est le point de départ de ce spectacle ?

Je suis maman d’un petit garçon de 3 ans. Je me questionne beaucoup à ce moment de ma vie sur la transmission. Je me demande comment en tant qu’artiste et mère je peux transmettre mon savoir de vie à la nouvelle génération. J’aimerais les aider à agrandir leur capacité de créativité et à assumer leur originalité. C’est cette question qui m’a donné envie de créer un spectacle, pour mettre la parole des enfants en avant, pour dire que ce sont eux notre avenir, pour affirmer que ce sont eux qui vont changer le monde.

Pour la phase de recherche j’ai imaginé une cabane à secrets pour récolter la parole des enfants. J’ai construit une cabane avec un théâtre Kamishibaï (théâtre ambulant japonais). Illustrée avec mes dessins, l’histoire raconte l’aventure d’un petit garçon qui traverse un monde à l’envers où la terre, trop piétinée, s’est échappée à la place du ciel. Les enfants ont le pouvoir de faire revenir le monde à l’endroit et de le faire coexister avec l’autre, imaginaire, la nuit. Pour cela ils doivent remplir un sablier en confiant leurs secrets. Cette histoire que j’ai écrite est enregistrée par Denis Podalydès.

Pourquoi le jeune public ?

Dans cette société où l’on impose trop vite des images aux enfants, il est important de les laisser imaginer à partir de la matière brute qui n’a pas forcement de forme spécifique, pour faire naitre à partir du vide quelque chose qui leur appartient. J’ai la même sensation à propos du danger. On leur dit souvent de ne pas casser les objets ou de faire attention à ne pas tomber. Dans le spectacle, par contre, les danseurs vont tomber et les objets vont se casser, comme s’il n’y avait pas de tabou.

Pourquoi le Théâtre Massalia et Klap pour ce projet ?

J’ai fait toutes mes créations et les premières au KLAP. C’est un partenaire très important, ainsi que ses spectateurs sont fidèles.
C’est toujours un plaisir de présenter une première dans cet endroit, car il y a vraiment un bel accueil du public et de l’équipe du KLAP – et on oublie même la pression de la première ! J’avais également une grande envie de travailler avec le Théâtre Massalia, qui se spécialise dans le jeune public, notamment pour ce projet qui s’adresse aux enfants ainsi qu’aux enfances intérieures, indépendamment de l’âge du spectateur.

Vous êtes plutôt Mickaël Jackson ou Pina Bauch ? Pas chassé ou tourné sur la tête ? Entrechat ou coupole ?

J’imagine plutôt Pina en train de danser la chorégraphie de Mickael Jackson – et ça me plait beaucoup.

Comment cohabitez-vous avec votre jeunesse ? 

Nous, les artistes, nous sommes des enfants, car notre travail est de jouer et imaginer. Quand on n’est plus un enfant et qu’on s’écarte de notre jeunesse ou l’implosion de la jeunesse, on arrête de vivre dans la créativité.

Une anecdote, un souvenir marquant sur cette création ?

Nous avions organisé un pop-up pour entrer dans les classes de maternelle, primaire et le collège. C’était en total 18 classes en matinée. J’étais dans une valise et je jouais un esprit de la forêt qui était à l’envers pour que les enfants me disent leurs secrets pour me remettre à l’endroit. On est entrés dans la classe sans prévenir les enfants. Ils étaient tellement contents qu’ils se sont jetés sur la valise. Adeline jouait une fée, et elle invitait des autres esprits à venir également dans la classe : Morgane, Bastian, Léonore et Jon. On a chanté et dansé ensemble. Plus tard dans la journée, je suis allée au parc avec mon fils et tous les enfants venaient me voir pour me parler. J’ai fait les courses et je me suis promenée dans la rue… et j’étais saluée par tous les enfants de la ville !

8.10.2021
 

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