[ L’ENDORMI ] Les mots de Sylvain Levey

L’endormi est le résultat de l’association entre Sylvain Levey, Marc Nammour, Valentin Durup et la compagnie Hippolyte a mal au coeur. C’est ensemble qu’ils ont construit ce récit rap à destination de la jeunesse, avec chacun leur spécificité artistique : l’écriture de théâtre, le rap et la musique. L’auteur a choisi de vous raconter leur rencontre et ce processus de travail particulier.

 

Quel est le point de départ de ce spectacle ?

C’est tout d’abord une proposition de Virginie Boccard, directrice à l’époque des scènes nationales du Jura et maintenant de la scène nationale du Mans qui a voulu associer un auteur de théâtre et un rappeur en vue d’écrire un texte à deux – récit et chansons. Quelques jours après avoir rencontré Marc Nammour pour parler du projet, un jeune garçon est mort poignardé au pied de mon immeuble, une bagarre, une de plus mais celle-ci a mal tourné. J’ai eu envie de rendre hommage à ce jeune garçon qui n’était pas un ange mais n’était pas le diable non plus et ne méritait pas de perdre la vie si jeune.

 

Pourquoi l’adresse au jeune public ?

J’aime écrire pour la jeunesse et même si c’était la demande de Virginie Boccard d’écrire pour la jeunesse cela ne me posait pas de soucis bien au contraire, Marc Nammour ne connaissait pas bien voire pas du tout le monde du théâtre jeunesse et je ne connais pas bien le monde du rap, nous étions faits pour travailler ensemble ! et nous avons produit un rap pour la jeunesse !
Partir du réel pour en faire de la fiction. Partir de la dureté du monde pour en trouver la substance poétique tel est mon travail quotidien.

 

Comment cohabitez-vous avec votre enfant intérieur ?

Je ne fais pas semblant d’être encore un enfant, je suis un adulte de 48 ans qui n’a plus la candeur de l’enfant de 8 ans que j’étais. J’essaye par contre de convoquer régulièrement l’énergie de l’enfance. J’essaye surtout de les regarder vivre, questionner le monde dans lequel ils vivent et de ne pas être nostalgique de mon enfance mais en interaction avec l’enfance des nouvelles générations.

 

Comment avez-vous imaginé l’imbrication récit, musique et chanson ?

J’ai écrit le texte, la partie narrative, en tout cas une version 1. Marc a lu le texte et a été complètement désarçonné par la dureté du texte (le père était mort, la mère au chômage et le frère mourrait à la fin). Naïvement j’avais haussé mon niveau de drame et de violence parce que je travaillais avec un rappeur ! Marc m’a dit qu’il refusait de porter cette parole négative sur un plateau devant des jeunes et je le comprends ! J’ai retravaillé et offert à Marc un texte beaucoup plus lumineux, qu’il a rendu encore plus lumineux, je trouve, par l’apport des chansons qui peuvent apporter une touche d’humour, d’amour, de tendresse et d’espoir. Ensuite nous avons travaillé à trois (Marc, Valentin Durup le musicien et moi-même) pendant une dizaine de jours où pendant qu’ils créaient les musiques et répétaient au plateau j’apportais des nuances au texte et travaillait avec eux la dramaturgie finale du texte.

 

Une anecdote, un souvenir marquant sur cette création ? 

Ce n’est pas une anecdote mais un sentiment, le sentiment d’une belle aventure menée conjointement et la fierté aussi d’offrir cet objet sonore (vous pouvez trouver l’ensemble du récit-chant en vinyle) et scénique grâce à la grande justesse de la mise en scène d’Estelle Savasta.

– Sylvain Levey, auteur. Mars 2022
1.4.2022
 

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