[GRIBOUILLIS] Les mots d’Estelle Charles et Fred Parison

À l’occasion de la venue de Gribouillis au Théâtre Massalia, Estelle Charles et Fred Parison, co-directeurs artistiques de La Mâchoire 36 nous ont livré quelques mots sur la création de ce spectacle et l’adresse au jeune public, chère à la compagnie.

L’adresse au jeune public, est-ce une nouveauté pour La Mâchoire 36 ?

Non pas du tout. Si l’on compte bien, Gribouillis est notre quatrième création  » jeune public ». Plutôt que jeune public nous préférons l’appellation  » tout public, à partir de… » car en effet ces créations ne s’adressent pas juste à des enfants. Nous avons toujours envisagé nos créations avec différents niveaux de lectures. Visibles, compréhensibles et intéressants pour tous les âges: enfants, parents, adultes, ados, etc…. Chacun y trouve son compte, et aborde le spectacle par un angle différent. La difficulté et l’intérêt sont justement là: parvenir à parler à tous en même temps sans pour autant simplifier et appauvrir la proposition ou à l’opposé la rendre difficile à appréhender par des enfants.

Comment définiriez-vous un spectacle jeune public ? Quelle ambition lui offrez-vous ?

Pour qu’un spectacle soit jeune public, il y a en premier lieu des contraintes techniques à respecter comme par exemple la durée du spectacle, le volume sonore etc… afin de respecter les enfants, leurs rythmes, leur concentration. Sinon, du point de vue du contenu d’un spectacle « jeune public », l’exigence est la même que pour des spectacle de « grands », d’autant plus que nos spectacles sont véritablement tout public et s’adressent à tous et à chacun, mais de façon différente. Ce n’est pas que nous essayons d’adapter une réflexion adulte à un jeune public, c’est que nous construisons notre spectacle avec cette contrainte que le spectacle puisse parler à tous. Notre langage théâtrale s’articule donc autour de cette exigence. Notre volonté est justement de mélanger les âges afin de créer du dialogue entre les enfants, les parents et les adultes. A la fin, chacun n’a pas vu le spectacle de la même manière, des questions différentes se posent.

Qu’aimeriez transmettre aux jeunes et aux moins jeunes avec ce spectacle ?

Avec Gribouillis, nous abordons une foule de questions autour de la création, du monde des idées, de l’imprévu, de l’accident. Mais l’idée principale tourne autour de la liberté, et du hors norme, de la folie créatrice, et de l’imagination comme moteur de vie. Nous aimerions que le public reparte du spectacle gonflé d’envies créatrices, et qu’il se soit libéré de toutes les contraintes qui nous empêchent et nous emprisonnent dans des normes sans aucune place pour la fantaisie. C’est ambitieux, c’est sûr, mais nous espérons juste ouvrir une brèche poétique dans le mur de la conformité.

Une (ou plusieurs!) anecdote(s), souvenir(s) sur la création ?

C’est la question la plus difficile. Lors de la construction du spectacle, nous avons travaillé sous forme de laboratoire pour explorer et chercher la matière même du gribouillis. Ces labos ont été ponctués par des rencontres publics, des ateliers et des représentations test de « morceaux » de création. C’est dans ces monstrations qu’il s’est passé les pires anecdotes. Comme notre spectacle s’appuie sur une foule de trucages, de dispositifs techniques, il est arrivé, et nous nous souvenons surtout d’une, où tout ce que nous voulions tester de manière technique ne fonctionnait pas. Les ficelles s’entremêlaient, il y avait des nœuds partout, les moteurs électriques ne fonctionnaient plus, et les dispositifs de peinture ont tous loupé. Le public était face à nous, et il fallait faire avec et improviser. Nous étions un peu honteux et très embêtés de présenter un tel fiasco. Une autre anecdote nous revient également. Souvent dans les échanges avec les enfants avant nos présentations test, nous posons la question: »Est ce que vous gribouillez? Nous étions à la Minoterie à Dijon, et les enfants nous répondent: » Ah non jamais, ma maman ne veux pas, la maitresse ne veux pas! etc… ». Puis, à l’issue de la présentation, les mêmes enfant nous disent spontanément: « en fait on adore gribouiller, d’ailleurs, on gribouille tout le temps! »

Estelle Charles et Fred Parison, co-directeurs de La Mâchoire 36
Octobre 2020

1.10.2020
 

.