[BESTIAIRE VÉGÉTAL] Les mots de Nuria Alvarez et Miguel Garcia

Nous avons recueillis les mots de Nuria Alvarez et Miguel Garcia pour la feuille de salle de Bestiaire Végétal. Le spectacle n’a pas eu lieu, mais nous souhaitons vous partager les intentions transmises par cette interview pour que quelque part il y ai une trace de ce spectacle. En espérant que vous aurez l’occasion de voir Bestiaire Végétal en chair et en osier…

 

L’adresse au jeune public est-elle une nouveauté pour la compagnie ?

Si bien nous avons toujours adressé nos spectacles au tout public, notre langage est très accessible au jeune public. Il s’agit d’un public capable de voyager très loin dans son imaginaire avec les images que nous proposons. Ils ont une capacité d’émerveillement extraordinaire, un ressort qui les amène plus facilement à la fantaisie. Dans cette idée, nous proposons aux adultes de redécouvrir son enfant intérieur, de voyager avec leurs sens et se laisser emporter par l’éloge de la simplicité.

 

Comment définiriez-vous un spectacle jeune public ? quelle ambition lui offrez-vous ?

Pour nous, un spectacle jeune public devrait être adressé à un âge de 0-99 ans et avoir la possibilité d’offrir plusieurs lectures et représentations mentales pour chaque âge. Il s’agit d’un théâtre ambitieux car il y a beaucoup de choses à faire passer aux jeunes qui découvrent notre monde (et aussi les grands qui le redécouvrent !). Ce monde qui est aujourd’hui en transition, qui ne tiens plus début tel que nous l’avons connu.

Notre ambition est celle de proposer un voyage émotionnel sans passer par l’intellect. En utilisant des sons mais pas du texte nous souhaitons que le message passe à travers le corps, les sens et donc soit universel. Pour nous, pour changer de paradigme il faut le faire profondément et passer forcément par l’émotion (qui vient du latin « emovere », donc une énergie qui nous met en mouvement).

 

Qu’aimeriez-vous transmettre aux jeunes et aux moins jeunes à travers ce spectacle ?

Le message que nous voulons faire passer est l’émerveillement vers les matières premières, celles qui sont à portée de main : terre, sable, feuilles d’arbre, osier, cannes, … Ces matières constituent la « chair de l’être et la chair du monde », comme dirait le philosophe Merleau Ponty.

Nous plaçons ces matières sur la scène en lui accordant la parole. Cet endroit privilégié « oblige » le public à dédier un peu d’attention à ces matières pauvres, oubliées, ignorés. Nous souhaitons montrer au spectateurs le potentiel expressif de ces matières que nous considérons très riches.

Le ludisme fait que le spectateur s’identifie avec le jeu des comédiens : Qui n’a pas joué avec la terre, des bâtons, le sable… ? Transformer la matière sur scène nous transformer nous-mêmes et propose une réflexion sur ce qui nous entoure, notre rapport au monde.

 

Outre la matière, y va-t-il des artistes qui vous ont particulièrement inspiré sur ce spectacle ?

Tout d’abord, notre collaboration avec l’équipe d’amàco aux Grands Ateliers a été cruciale pour développer notre émerveillement face aux matières premières. Faire partie de cet équipe interdisciplinaire nous a approché de l’architecture vernaculaire, ce savoir des hommes et des femmes qui ont utilisé depuis longtemps la matière végétal pour construire.

Ensuite, nous nous sommes approchés de maitres vanniers (Henri Piat et Emilie Leal) et inspirés d’artistes qui utilisent l’enchevêtrement et le tressage des fibres comme Emmanuel Heringer.

Découvrir la culture de rites partout dans le monde qui utilisent les fibres végétales pour déformer le corps et construire des personnages nous a aussi fasciné. Les photographies de Charles Fréger dans l’ouvrage « Wilder Man ou la figure du sauvage ».

 

Une anecdote, un souvenir…

Le spectacle Bestiaire Végétal est un spectacle plein d’anecdotes et souvenirs qui nous sont très chers…

Chaque année depuis la création du spectacle en 2018 toute la compagnie est réunie en automne pour ramasser des feuilles de platane, une des protagonistes du spectacle. Cette récolte annuelle est comme un rituel pour le Colectivo Terrón.

Pour finir, la première du Bestiaire Végétale est une date dont on se rappellera toujours. C’était le jour après de la naissance de notre fille Cèlia… Cela a été vraiment un double accouchement !

 

Nuria Alvarez et Miguel Garcia, metteur.e.s en scène. 
Octobre 2020

 

5.11.2020
 

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