[L’ENQUÊTE] Les mots de Sébastien Le Guen

Dans L’Enquête, Sébastien Le Guen déroule le fil d’une enquête artistique. Nous lui avons posé quelques questions sur le processus de création.

Au-delà de l’héritage reçu, quelles ont été vos sources d’inspiration ?

J’ai vécu cet héritage au sens propre et figuré. Le clown Punch était un spécialiste d’une entrée très connue dite du «miroir brisé» dans laquelle un miroir est cassé accidentellement et où un second clown mime mal les gestes et mimiques du second, ce qui provoque la situation comique. Comme un miroir qui m’était tendu sur la personne que j’étais… ce que j’allais laisser en tant qu’artiste, transmettre en tant qu’individu et c’est ma propre histoire qui a été une grande source d’inspiration au final. Une histoire parmi d’autres, faite de ses choix et de ses drames.

Qu’aimeriez transmettre aux jeunes et aux moins jeunes avec ce spectacle?

C’est sans doute un peu présomptueux, et cela raisonnera différemment si on lit ces lignes avant ou après avoir vu le spectacle… J’aimerais partager l’idée que faire quelque chose est toujours mieux que de ne rien faire, que ne pas renoncer est déjà un moteur, que faire du fil, c’est juste ne pas abandonner et lâcher prise sans pour autant sauter dans le vide.
Et pour le coup c’est valable autant pour les jeunes que les moins jeunes. Ce spectacle parle d’un drame personnel et du deuil, mais transmet j’espère un message de vie, d’énergie et de joie…

Comment fait-on du théâtre d’objet quand on est circassien ?

Assez naturellement : En tant que circassien, on est constamment confronté à l’objet, c’est même la base de notre pratique, se mettre en tension ou virtuosité en rapport à un objet. C’est parfois l’autre qui est un objet si l’on est acrobate, mais le geste de cirque se fonde constamment en rapport à un objet en général dédié à ce que l’on appelle l’agrès (un trapèze, une balle, un fil pour moi à l’origine). Dans ma pratique et mes recherches, je fais agrès d’objets qui ne le sont pas à la base (bois, pierres , livres, en fonction des projets). Pour L’Enquête, c’est le récit ou le dispositif de récit qui devient lui-même un objet.

En quoi L’Enquête est-il plus un spectacle de théâtre de corps qu’un spectacle de cirque ?

Parce que ce ne sont ni la performance ou la mise en danger qui sont l’architecture du spectacle. Parce que c’est un spectacle qui déploie un récit, ce qui est à la fois une antithèse du cirque, et malgré tout un de ses grand fantasmes. C’est une tentative de théâtre dont le médium principal est un corps de cirque (virtuose, en tension, en danger) et dont la méthode de fabrication est totalement circassienne, une sorte d’hybride…que l’on espère vivace !

Une anecdote de création ?

Au cours du premier coup de téléphone où l’on m’a proposé ce fameux leg, on m’a présenté ces affaires comme étant celle du clown Punch, qui travaillait avec Rhum (un clown très connu de l’époque)… en fait Punch travaillait avec Pedro, et mon interlocuteur se rappelait sûrement qu’il y a du Punch dans le rhum, enfin plutôt l’inverse !!!

2.1.2020
 

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