[JEANNE ET LA CHAMBRE À AIRS] Interview

Jeanne et la chambre à airs, comédie musicale pour voix lyriques est le fruit d’une écriture partagée. Nous avons donc posé nos questions à chacun.e s des auteur.e.s du spectacle : Karin serres pour l’écriture du livret, Yannaël Quenel pour la composition et direction musicale et Christian Duchange pour la mise en scène.

À Karin Serres « Écrire pour la musique. »
On vous connait surtout comme romancière et autrice dramatique jeunesse.
La façon d’aborder l’écriture a-t-elle été très différente pour ce livret ?

Non, mais oui 😉
NON, parce qu’une partie du livret, c’est du théâtre, que j’écris depuis des années ; et que cette Jeanne et son monde, j’ai vite eu l’impression de les comprendre, chacune et chacun, pour de vrai. Pour l’autre partie du livret, les chansons, je connaissais déjà le plaisir intense d’écrire en rimes, comme quand pour les poèmes : l’étrange imaginaire où cette écriture nous entraîne à dire les choses de façon bien plus concentrée ou, au contraire, bien plus développée qu’en prose, à la poursuite des rythmes et des sons qui doivent s’équilibrer.
Mais OUI aussi, parce que pour des chanteuses et chanteurs lyriques, ce qui compte dans les chansons, c’est une notion que j’ai découverte à travers ce projet : la prosodie. Ça veut dire la façon de prononcer les mots dans notre langue, les accents, les élisions, qui doivent coller pile avec les accents et le rythme de la mélodie. C’est un travail génial, compliqué mais très intéressant, qu’on a poursuivi tous et toutes sur scène, pendant les répétitions, c’était passionnant!

À Yannaël Quenel “Composer pour du théâtre jeune public“.
Cette expérience est-elle nouvelle pour vous ? Comment avez-vous abordé l’adresse au jeune public ?

C’est une deuxième expérience de composer pour le jeune public car j’ai écrit la musique du spectacle Les Chaises de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault en 2012 en partenariat avec les Jeunesses Musicales de France. J’ai donc déjà eu la chance d’expérimenter le jeune public avec deux ans de tournées et une centaine de dates. Cependant, la nouveauté pour moi dans ce projet était d’écrire pour la voix et de mettre en musique un texte.
Je n’ai pas pensé jeune public mais plutôt famille, un spectacle jeune public étant avant tout pour moi un spectacle pouvant s’adresser à toute les générations. Ce qui m’a guidé dans le choix des langages musicaux c’était la prosodie du texte et tenter d’être le plus naturel possible dans les lignes mélodiques, tout en jouant sur les contrastes grâce à la dramaturgie induite par le texte et la mise en scène.

À Christian Duchange “Mettre en scène une comédie musicale”.
On vous connait surtout comme metteur en scène de théâtre; La comédie musicale, est-ce une première pour vous ? Comment avez-vous abordé cette mise en scène ?

Jeanne et la chambre à airs est en effet ma première expérience de comédie musicale.
Mais je crois que je me suis  » frotté » à cette forme de spectacle car je tournais autour depuis un moment, en faisant chaque fois appel à un musicien compositeur plutôt que d’utiliser des musiques existantes.
J’adore le chant et les moments chantés dans le théâtre et j’ai eu aussi l’occasion de diriger trois opéras dans le passé. J’adore l’approche de la mise en scène lorsqu’elle est « contrainte » par le tempo et par la sensibilité de la musique car cela transforme ma direction d’acteur au service du chant et des chanteurs.
En faisant appel à un premier compositeur qui n’a pas pu poursuivre sa collaboration avec moi, je visais avec lui une comédie musicale. Le compositeur ayant changé en cours de route, le travail de la musique a pris par endroits des aspects plus lyriques que je ne soupçonnais pas au départ et nous avons eu du mal à nommer notre résultat final : entre théâtre musical, opéra, comédie musicale, drame chanté, etc… Nous avons cependant décidé qu’il s’agissait toujours d’une comédie et qu’elle était musicale alors nous avons juste sous titré le spectacle : « comédie musicale pour voix lyriques ». De toutes les façons, c’est très difficile de classer un spectacle comme le nôtre qui s’apparente à diverses formes sans appartenir entièrement à une seule.
Ce qui était galvanisant c’était que nous allions tout inventer ensemble: écriture, musique et mise en scène. Je suis d’ailleurs devenu un des co-auteurs de ce spectacle car nous avons d’abord travaillé avec Karin à définir le scénario. Ensuite Karin à écrit le texte puis seulement nous avons rencontré Yannaël Quenel le compositeur.
Autre détail important, nous avons sollicité dès les premiers instants l’aide complémentaire d’un spécialiste des ombres, Fabrizio Montecchi, avec qui j’ai signé la scénographie pour que le décor s’adapte au mieux aux projections d’ombres prévues dès le départ.
Ça a été un véritable chantier où l’on pouvait sentir chaque étape comme dans la construction d’un édifice. La parole prise par chacun avec son langage artistique modifiait parfois l’ensemble de la construction, nous obligeant à revoir des options de texte ou de jeu ou de musique selon les cas.
Raconter notre histoire par la parole, le chant, les ombres et le texte devenait un exercice permanent d’ajustement aux désirs et aux contraintes des uns et des autres. J’ai adoré les quatre semaines de répétition pour ces raisons. Mais j’ai aussi adoré la semaine préparatoire pour les ombres dans l’atelier de Fabrizio en Italie et celle pour finaliser le scénario en présence des chanteurs et chanteuses à la Cité de La Voix à Vézelay en Bourgogne, où Karin et moi interrogions beaucoup les futurs interprètes sur leur propres souvenirs d’enfance liés au déménagement, à l’exil parfois. Les chanteuses et chanteurs ont donné beaucoup d’anecdotes personnelles qui se trouvent dans le spectacle car gardées par Karin. Nous avons aussi rencontré deux classes d’élèves, un CM1 et une classe de primo-arrivants qui nous ont raconté aussi beaucoup de témoignages poignants sur leurs différentes histoires de voyages.

19.3.2019
 

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