[ DEHORS ] Les mots de Jérémie Abt

Jérémie Abt et Bastian Pfefferli de Braz Bazar ont le désir de décloisonner les genres et de questionner les liens entre tradition et création. Avec Dehors, ils se posent en posture d’explorateurs de sons et l’adresse au jeune public a été une évidence.

Dans cette interview, Jérémie Abt nous livre les questionnements qu’ils se sont posés lors de la création du spectacle et raconte pourquoi, pour eux, la musique est reliée directement à l’enfance.

 

Quel est le point de départ de ce spectacle ?

Dehors est un questionnement, celui de l’origine du son, de son appropriation chez le musicien par le geste musical.
Dès lors nous avons choisi de ne travailler qu’avec des instruments qui n’en sont pas à première vue, mais qui le deviennent à notre contact.
Ce spectacle tente de rendre visible et sensible ce processus qui nous amène à transformer ces sons étranges, les organiser et les mettre en musique avec jubilation !

 

Pourquoi l’adresse au jeune public ?

Dehors est une mise en scène de l’exploration instrumentale du percussionniste, qu’il revit quotidiennement dans son parcours car il fait face une multitude d’instruments qu’il ne maîtrise pas tous. Cette quête est un peu similaire à celle du jeune enfant dans sa découverte des sons. Elle met en scène des situations qui lui sont familières. C’est un spectacle qui fait écho à notre propre enfance.

 

Pourquoi le Théâtre Massalia pour ce spectacle ?

D’abord parce que c’est un lieu important et un partenaire évident pour nous, marseillais !
Les spectacles programmés au théâtre Massalia questionnent avec exigence le monde de l’enfance, le monde des adultes, et les liens qui les unissent, les réunissent.
D’une certaine manière, le spectacle jeune public doit aussi s’adresser aux parents, aux adultes qui les accompagnent. C’est une conviction que nous partageons avec le Théâtre Massalia.

 

Comment cohabitez-vous avec votre enfant intérieur ?

La percussion nous relie à l’enfance. Frapper, toucher, frotter… sont les premiers gestes, très accessibles, dans l’appréhension du monde de l’enfant. Nous les musiciens « jouons » de nos instruments et le terme n’est pas anodin. Si nous sommes aussi parfois en lutte avec l’instrument, nous jouons également de ses contraintes, d’une manière assez ludique dans la percussion.

 

Êtes-vous plutôt corps, voix, espace, ou tout cela à la fois ?

Dans ce spectacle, il s’agit de musique principalement.
Mais il est aussi question de territoires et de frontières… et d’une attention particulière au geste instrumental, un geste éminemment théâtral !
La voix y est absente, mais pas la communication, qui se fait au travers du prisme musical.

 

Une anecdote, un souvenir marquant sur cette création ? 

Cette création s’est frayée un chemin dans les turbulences de la pandémie. L’expérience collective du confinement, du repli chez soi, dans ses frontières bien connues, nous a bien sûr marqué ; comme une régression rassurante, un mouvement inverse à celui de l’enfant dans ses prises de risques pour sortir de son territoire, pour aller vers l’autre, pour sortir de l’enfance !
Cette expérience aura eu une grande influence dans notre propos artistique, pour la scénographie également.

– Jérémie Abt, co-créateur du spectacle et interprète. Mars 2022
1.4.2022
 

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