[BUFFLES] Les mots d’Emilie Flacher

Après Ecris moi un mouton, Clairière, L’agneau a menti et la création Les acrobates, nous avons eu le grand plaisir d’accueillir à nouveau la compagnie Arnica avec Buffles, bestiaire marionnettique adapté de la pièce de Pau Miró.
Nous en avons profité pour poser quelques questions à sa metteure en scène Emilie Flacher…

Comment définiriez-vous un spectacle jeune public ? Quelle ambition lui offrez-vous ?

À l’origine de la création de la compagnie Arnica, il y avait surtout le désir de participer à un renouvellement des écritures pour le théâtre de marionnettes avec les auteurs dramatiques d’aujourd’hui et nous revendiquions beaucoup un théâtre de marionnette exigeant pour adultes ! […] Finalement, un spectacle jeune public pour moi c’est un spectacle qu’on peut voir ensemble, enfants et adultes et qui permet de se poser ensemble des questions sur le monde, en étant à l’écoute de la façon qu’on a chacun de sentir, de regarder, de capter, de prendre, de comprendre… l’objet artistique qui nous est donné.[…]

Comment la question de l’adolescence a-t-elle traversée cette création ?

La pièce met en scène une fratrie de buffles et la traversée de leur adolescence, tous ensemble, confinés dans la blanchisserie familiale jusqu’à l’âge adulte où ils se sépareront pour vivre leurs propres vies. C’est donc l’adolescence comme l’endroit du passage, moment ou l’on doit quitter l’enfance, se séparer petit à petit de ses parents pour trouver son propre chemin. Dans ce passage, il y a les moments ou l’on se raccroche les uns aux autres, les moments où la violence rentrée ressort d’une autre manière, les moments où l’on brave les interdits familiaux, où l’on se confronte à la réalité, violente parfois…
Dans cette pièce il est question de la disparition et de la perte, qui accompagnent chaque moment de transformation, de passage dans la vie et ça nous parle intimement de nos adolescences aussi.

Qu’aimeriez transmettre aux ados et aux adultes avec ce spectacle ?

Dans Buffles, les secrets de famille poussent les jeunes buffles à mener une sorte d’enquête sur leur propre histoire. Et ce qui est intéressant, c’est que l’on n’est pas sûr·e·s de connaître la vérité in fine … comme dans toutes les familles d’ailleurs, on ne sait jamais la vérité.
Malgré tout, chacun doit écrire sa vie, se faire son propre récit… Finalement ce sont ces récits qui donnent du sens, qui fondent nos identités.
Ce qui me touche dans cette pièce, c’est que l’on est invité à partager cette mise en récit de l’histoire de cinq buffles, et cette quête nous renvoie à nos propres enquêtes intimes.
Quand l’auteur est venu voir le spectacle, il a dit aux jeunes qui étaient dans la salle que la « morale » de cette fable c’est que pour survivre, on doit se raconter des histoires. Je crois que c’est ça.

En quoi la marionnette peut-elle particulièrement parler aux adolescents ?

Dans la pièce de Pau Miró, il y a des glissements dans l’écriture entre les hommes et les buffles… l’auteur s’amuse avec le fait que les buffles vivent dans une blanchisserie mais qu’ils mangent des branches, qu’ils vont au lycée et qu’ils malaxent la boue… alors nous, sur le plateau, on glisse entre les acteurs et les marionnettes buffles, et on s’amuse à faire exister ce trouble qui fait appel à l’imaginaire. C’est ça je crois: la marionnette fait tout de suite appel à l’imaginaire et les adolescents entrent dans l’histoire grâce à elle.
Après une trentaine de représentations et beaucoup de rencontres «bord plateau», je constate que les jeunes comprennent très bien ce langage qui procède par couches de réalités différentes superposées et ce que permet la marionnette pour faire exister des présences différentes. À aucun moment ils ne se perdent là-dedans, habitués de ces superpositions présentes dans leur mode de perception où réel et virtuel existent en même temps et tout le temps.

Emilie Flacher, metteure en scène
Mars 2020

25.3.2020
 

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